"Le Français n’est pas marin" déclare Jean Meyer dans l’Histoire de la France Coloniale (1).
Bigre ! Quand on vient de lire les mémoires de Jean Doublet, cette affirmation péremptoire laisse rêveur.
Avec leurs 4 000 kilomètres de côtes, les Français du bord de mer ont toujours été plus attirés par les métiers de la Marine que les paysans de la Beauce ou de l’Auvergne. Quand on a la possibilité de vivre de la pêche, on ne se contente pas de cultiver des salades !
En cela, donc, on peut parler tout de même d’un certain déterminisme géographique (2) qui aurait dû favoriser des vocations plus nombreuses pour les équipages de la Marine Royale de Louis XIV.

Mais le Roi Soleil, comme ses prédécesseurs et ceux qui l’ont suivi, a privilégié les budgets de la Cavalerie plutôt que ceux de la Marine à voile.
Les ambitions des rois de France allaient davantage vers les conquêtes terrestres et européennes d’abord, vers la défense de leurs frontières de l’est et du nord ensuite, plutôt que vers la découverte et la possession de territoires lointains au-delà des mers.
La Révolution et l’Empire ne modifieront en rien ces credos politiques et Napoléon bradera pour une poignée de dollars, un tiers de la surface actuelle des États-Unis.
Les "quelques arpents de neige" du Canada ne firent plus fantasmer les rois de France dès lors qu’il fut prouvé que la vallée du Saint Laurent n’était pas la route idéale pour aller en Chine, et que les "diamants du Canada" de Jacques Cartier étaient une vaste plaisanterie.
Cela étant, la France maritime, malgré l’indifférence du pouvoir, a eu ses heures de gloire au XVIIe et XVIIIe siècle et si les ministres responsables avaient choisi de vrais marins pour commander leurs frégates plutôt que des "petits marquis" plus à l’aise sur les parquets de Versailles que sur le pont de leur navire, les Anglais ne nous auraient peut-être pas taillé tant de croupières mémorables…[suite]

 

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